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Les mauvaises excuses pour ne pas bloquer les cookies

80 % des personnes qui ont le choix disent « non » !

décembre 2014

En 2014, la CNIL ayant mis la pression sur les éditeurs de sites web pour qu’il se mettent en conformité avec une loi datant de 2011. L’enjeu ? Le pistage des internautes à travers les cookies, des marqueurs que les sites web enregistrent sur nos navigateurs (Firefox, Chrome, Safari, Internet Explorer…). Comme trop souvent, cette offensive en faveur de la démocratie n’a pas manqué de déclencher un contre-feu de part de personnes ou d’organisations qui trouvent que la démocratie est une belle idée à condition qu’elle leur accorde tous les droits mais ne leur impose aucune obligation… Sans prétendre à l’exhaustivité, il est éclairant de s’arrêter sur quelques arguments récurrents.

Les cookies c’est dépassé !

La ringardisation est un excellent moyen de dénigrement. L’argument est ici que la CNIL est en retard d’une guerre car les acteurs majeurs du web peuvent pister les internautes en se passant des cookies. La réalité est qu’une bannière offrant, aux internautes un vrai choix d’être pisté⋅e⋅s ou non par des cookies conduira près de 80 % des personnes à choisir « non ». C’est pour cette raison que certains tentent de minimiser la portée des cookies. Si les cookies étaient aussi obsolètes que le prétendent ces critiques, ils se contenteraient de rire sous cape et laisseraient la CNIL s’embourber dans un combat d’arrière garde. Mais non, ils se démènent pour mettre fin à des obligations qu’il disent être sans effet, dans un jeu d’illusionniste ou l’émerveillement technologique détourne de la réalité des faits.

Certes, les géants du web tels que Google ou Facebook multiplient les services qu’ils proposent, resserrent l’interconnexion entre ces services et engrangent ainsi un maximum d’informations nous concernant. Mais, d’une part, on n’est pas obligé⋅e de vivre immergé⋅e⋅s dans leurs écosystèmes. D’autre part, il est possible de contrecarrer les tentatives d’interconnexion généralisée, de collecte et de conservation des informations, comme l’Union européenne en a récemment donné l’exemple face à Google. C’est une question de volonté politique. Autrement dit, sans être une pure utopie, le web sans cookies n’est pas notre réalité actuelle et l’on ne gagne que les batailles qu’on livre.

Nous autres, éditeurs de sites web, on a autre chose à faire que se mettre en conformité avec une loi qui change tout le temps !

L’argument d’autant plus cocasse qu’il vient de contradicteurs qui ne manquent jamais de mots pour chanter la plasticité du numérique, l’attrait de la mobilité et le piquant de la remise en cause permanente. Ils semblent oublier qu’on ne leur demande jamais que d’appliquer en 2014 une ordonnance publiée en 2011 : trois ans qui valent un siècle à l’échelle du web :-) Mais cette apparente contradiction ne sert qu’à passer sous silence les questions qui fâchent. Ces éditeurs si prompts à se gargariser de leur titre et à jouir des libertés qui en découlent rechignent en assumer les obligations. Vous voyez, le modèle qui trouve qu’il y a trop de lois mais qui pleure sa mère et brandit la propriété intellectuelle quand il se fait copier le contenu de son site.

Il se trouve que les lois garantissant les libertés sont faites de droits et de devoirs. Personns n’a posé un pistolet sur la tempe de personne, pour l’obliger à devenir éditeur de sites web. Et si ces derniers ne savent rien des obligations qui leur incombent, le web regorge de ressources qui leur permettront de sortir de leur ignorance.

Permettre aux internautes d’exercer leur libre choix, c’est techniquement (trop) compliqué !

Cette affirmation ne conteste pas le bien fondé de l’obligation. Les éditeurs s’insurgent contre la difficulté qu’ils rencontrent pour la mettre en œuvre. Leur problème de fond est qu’ils sont dépendants d’un outil technique qu’ils ne maîtrisent pas. Comme souvent en pareil cas, la faute n’est pas rejeté sur le système qui institue et alimente cette dépendance mais sur la personne, l’événement ou la contrainte qui la révèle. Sans décortiquer tous les problèmes rencontrés illustrons le propos par les boutons des réseaux sociaux et les statistiques de visites.

Les boutons de réseaux sociaux mettent en œuvre leur propre pistage des internautes. Mais les éditeurs de sites n’ont pas toujours le choix des boutons utilisés. Certains réseaux sociaux imposent contractuellement les boutons utilisables. Dans ce cas, il relève de la responsabilité de l’éditeur du site de faire en sorte que le bouton qu’il appose sur son site respecte la loi. Il peut aussi, en tant que client, faire pression sur le réseau social pour qu’il mette à sa disposition des moyens techniques lui permettant de respecter la loi. Mais en tant qu’assembleur, il ne peut prétexter que son sous-traitant (le réseau social) ne lui simplifie pas la vie pour respecter la loi. Ce n’est pas parce que l’éditeur est dépendant du réseau social que le respect des libertés doit en pâtir.

Le cas des cookies permettant à l’éditeur d’obtenir des statistiques de visites et légèrement différent. Autant, l’interconnexion avec les réseaux sociaux apporte des fonctionnalités (souhaitables ou non, c’est un autre débat), autant les statistiques de fréquentation sont un service de l’éditeur pour lui-même. S’il n’est pas capable de contrôler techniquement ce service il peut soit s’en passer, soit demander au prestataire de ce service de lui fournir un moyen technique de respecter la loi, soit recourir à une ressource disposant des compétences techniques nécessaires. En pratique, la pression des CNIL européennes a stimulé l’offre technique rendant la mise en conformité avec la loi plus aisée, de jour en jour.

Dans ces deux situations, l’éditeur isolé est loin d’avoir le poids nécessaire pour négocier avec son prestataire de service (réseau social ou outil de statistiques). Il n’a d’autre choix que d’utiliser le service aux conditions qui lui sont imposées ou de ne pas l’utiliser. Plutôt que de vilipender une CNIL qui les incite à prendre conscience de leur soumission, les éditeurs seraient mieux inspirés de soutenir activement les initiatives réglementaires visant à encadrer les activités des grands acteurs du web.

Quelle mouche a piqué ces internautes qui étalent leur vie privée sur les réseaux sociaux ?

À court d’arguments, certains en viennent à contester la légitimité même d’un choix par les internautes. Leur point de vue est simple : des personnes fournissant de leur plein gré aux réseaux sociaux les moyens de les pister, de les cataloguer eux et leurs relations, d’analyser leurs comportements, leurs envies, leurs pensées ne devraient pas être autorisées à se prononcer sur leur fait d’être ou non pisté⋅e⋅s sur un site web.

Passons sur l’amalgame qui oublie que nombre d’internautes n’étalent pas leur vie sur les réseau sociaux et prenons à bras le corps le paradoxe soulevé par cet argument. Si 80 % des internautes confronté⋅e⋅s à un libre choix libre disent « non » au pistage, c’est probablement qu’elles-ils n’acceptent pas de si bon cœur d’être contraint⋅e⋅s d’offrir à Google, Facebook et consort les moyens de les espionner. D’autant que l’immense majorité des personnes utilisant ces services ne savaient pas à quoi elles étaient censées consentir. Quand bien même, après quelques scandales retentissants, une majorité d’entre elles continue à utiliser ces services, il est très encourageant de constater que des années de renoncement ne les ont pas « lobotomisées ». Lorsqu’on leur pose clairement la question et qu’on leur laisse le choix, la plupart disent « non ».

Voir en ligne : Cookies : une fausse victoire de la CNIL