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Second Life : la certification ’adulte’ racontée aux « adultes »

novembre 2009

Cet été Second Life (SL) a vu s’achever la mise en place du contrôle d’accès pour les territoires considérés sensibles. La clé de voute du dispositif est une certification des résidentEs sensée garantir que les mineurEs ne seront pas exposéEs à des lieux virtuels qui leur seraient préjudiciables. On imagine sans peine les polémiques qu’à pu déclencher ce nouveau contrôle et la nouvelle qualification des territoires qui l’accompagne. L’effervescence retombée, le système mis en place apparait pour ce qu’il est...

Jusqu’alors, il existait un univers cloisonné et réservé aux ados et pré-ados (une grid, dans le jargon SL). Dans l’univers principal, les régions considérées comme sensibles étaient déclarées "mature". ChacunE était informéE du statut des zones et était libre de s’y rendre ou non. Une séries d’aides facilitaient la vie des personnes ayant choisi d’ignorer les zones "mature". C’était donc non seulement possible mais facile. Dans l’univers principal le contrôle reposait sur la responsabilité des résidentEs.

Puisque toutes les conditions d’une segmentation adultes/ado et mature/non-mature étaient réunies, qu’apporte concrètement le système de certification nouvellement généralisé ?

Le principal résultat de ce nouveau système est une déresponsabilisation généralisée. En effet, dès l’instant où les patrons de SL, les Lindens, ont certifié qu’unE résidentE était majeurE, plus personne n’a à s’en préoccuper. Et plus personne ne s’en préoccupe... Bien sûr, le système de certification utilisé est une passoire et quelques clics sur un moteur de recherche donneront à quiconque le souhaite le moyen de passer entre les larges mailles du filet. Les unE tricheront sur leur age, d’autres inventeront une identité de toutes pièces ou iront se servir chez les défuntEs. Les seules personnes à se plier naïvement aux exigences de la certification sont celles qui :

  • ont une confiance aveugle en la prétendue sécurité de l’anonymat du système de certification
  • n’ont aucune intention d’enfreindre les règles de cloisonnement des espaces.

En résumé, les personnes supposées "irresponsables" ont tout loisir pour contourner cette parodie de certification. Elle peuvent alors jouir de leur statut de "majeurE" avec la bénédiction et la certification de ceux qui jurent assurer la sécurité du système.

Ce résultat était-il prévisible ? La réponse est indubitablement "oui". Car il n’existe heureusement aucun système permettant à une compagnie (celle qui exploite Second Life) de vérifier l’age de toute personne à travers le monde. Cela n’est pas nouveau. Cela était parfaitement su de toute personne un minimum informée et supputable par qui y réfléchissait 30 secondes.

Sauf à considérer que les Lindens soient des benêts mal informés, on doit au minimum leur concéder d’avoir prévu ce que n’importe qui pouvait prévoir. Et force est de constater qu’une fois la bronca des anti-liberticides passée, les Lnidens sont gagnants sur tous les tableaux. Comme beaucoup d’autres, ils ont compris que dans la sécurité, ce n’est pas l’efficacité technique du système qui prime mais en quoi son existence répond aux attentes qui ont motivé sa mise en place.

Les personnes et sociétés souhaitant développer des activités sur SL, n’ont plus à contrôler leur clients virtuels. Ils peuvent se consacrer pleinement à leurs affaires, sans que leurs relations avec leurs clients/visiteurs ne soient polluées par la suspiscion (réciproque) ni l’asymétrie du contrôle (contrôleur d’un côté, contrôléE de l’autre). Tout le monde se fait confiance et chacun se retranche derrière la certification. C’est un jeu de dupes mais le bénéfice qu’en retire les parties est tel que toutes jouent le jeu. La tranquilité est si chère et si rare qu’elle mérité bien quelques arrangements avec la réalité.

Les ligues de vertu qui étaient au bord de l’apoplexie à l’idée que des "mineurEs" puissent entrer dans les zone "mature" sont également satisfaites. Puisque l’age est certifié, il n’y a rien à redire. Elles peuvent même se vanter d’avoir obligé les Lindens à mettre de l’ordre dans leur monde de débauche. Un haut fait qu’elles sauront vendre à leurs adhérentEs et bailleurs de fonds. Là encore, chacunE est dans son rôle et tout le monde est tellement satisfait qu’il serait inconvenant de s’appesantir sur la nullité technique du système.

Ce jeu de rôle (Role Play ou RP dans le langage de SL) se déroule dans la vie réel (Real Life ou RL dans le langage de SL). On le trouvera atterrant, pathétique ou désopilant selon les espoirs que chacunE place encore dans les protagonistes. Une chose est sure, les personnes qui se disent si attachées à la séparation des zones adultes donnent une image peu avenante de ce que serait sensé être un comportement adulte. Elles ne font qu’ajouter à leur discrédit mérité, aux yeux des "pré-adultes" qu’elles prétendent protéger... En effet, en être réduitE à se jouer à soi-même ce jeu de rôle n’est pas une démonstration de confiance en soi, ni en son aptitude à prendre en main son destin. Cette obsession du contrôle des plus jeunes ne fait qu’exprimer la transposition sur eux de la défiance des « adultes » vis à vis d’eux-mêmes. Et leur faire confiance supposerait que ces "adultes" - portant leurs limites comme une croix, alourdissent leur fardeau en admettant qu’il n’y a pas de fatalité, puisque d’autres pourraient réussir là où yels ont failli.

Pour les ligues familiales composées de personnes incapables de faire la différence entre procréation et reproduction, cette défiance à quelque chose de naturel. Quel aveu d’impuissance que de vouloir croire qu’un système de contrôle suppléera aux défaillances en matière d’éducation aux nouveaux outils de communication, de convivialité, de commerce et d’oppression. Quel aveu de défiance que de ne pas croire que les nouvelles générations sauront de saisir des outils d’exercice du libre arbitre forgés par les générations précédentes pour les adapter et les transformer aux nouvelles conditions qu’elles affrontent.