Accueil du site > Blog > URL courts : la bombe à retardement

URL courts : la bombe à retardement

mars 2015

Les url courts coupent ce qui restait lien direct entre les internautes et les contenus. On les utilise sans y penser, mais ils instaurent une dépendance, une fragilité.

Corollaire, la guerre pour les noms de domaine courts explose et les prix s’envolent.

Popularisés par Twitter, les url courts se répandent comme une traînée de poudre.

Les spécialistes du référencements ne juraient pas les url à rallonge. Si vous vouliez communiquer sur les carottes à la cocotte minute, il fallait, au minimum, le faire à http://info-legumes.org/apiacees/cu..., ce qui prend quand même 62 signes… C’est très bien pour un moteur de recherche, c’est moins bien pour un humain. Et ne parlons pas de l’imprimer sur un flyer et encore moins sur une affiche. En revanche, un url du style http://legum.es/carot sera plus apprécié des "communicantes". Sans doute son charme post-alamode.com. Les fanatiques de la concision lui préféreront un "bit.ly/krot" mais il faut sacrément le contextualiser pour qu’il garde son sens…

On oublie que les url courts ont un prix. Leur principe même est de renvoyer vers des urls long. Ainsi, bit.ly/krot renverra l’internaute vers notre précieux info-legumes.org/apiacees/cuisson/autocuisseur/carottes. Autrement dit, dans ce cas, l’opérateur de bit.ly (bitly.com) servira d’intermédiaire obligé. Tout clic sur un url court de type bit.ly sera préalablement capturé et analysé avant de rediriger (silencieusement) l’internaute vers l’url final sur le site qui héberge le contenu.

Les fragilités introduites par cette intermédiation sont innombrables et totalement sous-estimées, voir purement et simplement ignorées par la plupart des personnes et organisations qui les utilisent. Outre l’espionnage évoqué précédemment, tout dysfonctionnement, volontaire ou non du service raccourcisseur d’url rendra vos url courts inopérants et avec eux vos contenus inaccessibles ; alors qu’ils sont parfaitement par leur url long. Que ce soit exprimé avec retenue (en) ou avec agacement (fr), les arguments contres les services de raccourcissement ne manquent pas.

L’une des parades contre l’espionnage et la dépendance vis-à-vis d’un intermédiaire consiste à mettre en place son propre raccourcisseur d’url. Il faut alors disposer d’au moins un nom de domaine très court que l’on utilisera pour l’ensemble des urls longs bâtis sur les noms de domaines que l’on contrôle. Mais on peut aussi utiliser plusieurs noms de domaines courts, afin de segmenter les domaines longs selon une typologie quelconque. La limite consisterait à doubler tout nom de domaine long par un nom de domaine court mais les lois de la combinatoire imposent des limites infranchissables à ce type d’exercice.

Aujourd’hui la mode est à des noms de "sous-domaine" à deux ou trois lettres. Autant dire que la bataille fait rage pour se les approprier. Et l’on voit cohabiter une profusion des nouvelles extension (comme le .paris, ou le .education) et une densification extrême des nom de domaines territoriaux. Même le ".fr" retrouve des couleurs avec des noms de "sous-domaines" en deux lettres qui sont mis en vente de 9500 à 19000€/an !